Pour vivre vieux, mangez moins

Comment allonger sa durée de vie  ? Comment vieillir en bonne santé ?  En mangeant moins.

 

Des rats ayant suivi un régime hypocalorique vivent 60 % plus longtemps que les animaux nourris normalement – soit plus de 800 jours, contre une moyenne de 500 jours.

On doit cette découverte à Clive McCay, biochimiste et professeur à l’université de Cornell. Dans les années 1930, il démontre qu’une restriction calorique conséquente prolonge la durée de vie d’animaux de laboratoire [1]

Singes

ILS ONT LE MÊME ÂGE 
Canto, à gauche, a été soumis à une restriction calorique. 
Owen, à droite, a mangé sans restriction.
Image du Wisconsin National Primate Research Center - University of Wisconsin-Madison. 
Photo: Jeff Miller
Date: Mai 2009
« Arrêtes de manger quand tu es repu à 80% »

Lorsque l’alimentation est réduite, la charge extrêmement faible en toxines, macromolécules, urée, acide urique, ammoniaque, etc. crée un milieu intracellulaire et extra‐cellulaire non irritatif, non agressif. Les cellules non agressées se renouvellent à un rythme plus lent. Elles parviennent plus tard au terme des divisions cellulaires imparties par la vie.

C’est d’ailleurs, après des décennies de recherche, le seul moyen d’augmenter la durée de vie maximum des êtres vivants.

«Hara hachi bun me », disent les Japonais. Proverbe que l’on pourrait traduire par « arrêtes de manger quand tu es repu à 80%». La modération constituant alors un médicament.

Et effectivement…

Dans les années qui suivirent, la découverte de Clive McCay, de nouvelles recherches vinrent conforter ses résultats montrant comment une restriction calorique pouvait augmenter la durée de vie de chauves‐souris, de chiens, d’araignées, jusqu’aux vers nématodes et aux organismes unicellulaires comme les levures.

 

 « Le tiers de ce que nous mangeons
suffirait à nous faire vivre ; les deux autres tiers servent à faire vivre les médecins ».

L’image est belle. Elle nous vient du Docteur Paul [2]

En mai 2009, une autre étude  [3], menée au sein du Centre national de recherche du Wisconsin Madison, est décisive.
Pendant vingt ans (1989‐2009) trente‐huit primates subissent, pour certains d’entre eux des restrictions alimentaires ; les autres, non.

Une bien meilleure santé

Il s’avère que les singes « caloriquement limités » sont en bien meilleure santé générale, en termes de mesures telle la pression artérielle.

Ils connaissent beaucoup moins de maladies liées à l’âge, comme le diabète et le cancer. Leur longévité était également plus forte. L’étude montre aussi que la santé du cerveau est meilleure chez le groupe de singes ayant adopté une alimentation restreinte en calories.

Les photos, consultables sur l’internet,  montrent d’une manière criante que le physique des singes légèrement sous alimentés n’est en rien comparable avec celui des singes normalement nourris.

Au moment de la parution de l’étude, 37 % des singes appartenant au groupe de contrôle étaient morts de causes liées au vieillissement. Ils n’étaient que 13 % du côté des singes qui mangeaient moins.

cerveausinges
À gauche, le cerveau d'un singe soumis à restriction calorique. À droite, celui d'un animal autorisé à manger à volonté.  
Les images suggèrent qu'il y a moins d'atrophie cérébrale avec perte de cellules pour les signes ayant consommés 30% de calories en moins que ceux autorisés de manger à volonté.
Photo: courtesy Sterling C. Johnson
University of Wisconsin-Madison
Moins de radicaux libres

Parmi les études contradictoires, il y a alors celle menée sur des singes, par le National Institute of Aging, à peu près au même moment que celle du Wisconsin.

Les résultats, publiés dans la revue Nature, laissent perplexes car les scientifiques n’ont trouvé aucune augmentation de la durée de vie.

Faut‐il conclure de ce nouveau son de cloche : qu’il n’y a pas de lien entre régime alimentaire et vieillissement ?

Pas vraiment car les deux études, montrent que les singes qui ont moins mangé sont en meilleure santé. Ils souffrent beaucoup moins de maladies liées à l’âge.

Cela s’explique. Les chercheurs du Centre de recherche biomédicale de Pennington (États‐Unis) qui ont travaillé sur ce sujet mettent en évidence que, lorsque la nourriture est convertie en énergie, des radicaux libres sont produits par les mitochondries.

Or l’accumulation des dommages oxydants est un grand facteur dans le déclin des fonctions du corps dû au vieillissement. Manger moins de calories diminuerait la production des radicaux libres en rendant possible une formation plus efficace des mitochondries.

Une meilleure immunité

L’excès alimentaire entraîne par ailleurs une masse de substrats provenant de la maldigestion. Insuffisamment dégradés ces derniers servent de nourritures aux flores de fermentation et putréfaction lesquelles prolifèrent ; entraînant dans leur sillage de nombreux problèmes de santé. La muqueuse intestinale, siège de notre immunité, se dégrade. Elle devient poreuse et laisse passer dans le sang des molécules trop grosses générant des maladies auto immunes, des infections, des problèmes cutanés etc.

Aussi, si le fait de moins manger n’augmente pas forcément la durée de vie, il augmente très certainement la durée de vie passée en bonne santé.

L’enjeu pour nous ? Comprendre la différence entre ne plus avoir faim et se sentir « rempli ». Dans cette nuance réside notre capacité à ne pas prendre du poids avec l’âge, de ne pas souffrir des maladies telles l’hypertension, le cholestérol, les maladies cardiovasculaires…

calorie


1. Ingram, DK et al., «Development of calorie restriction mimetics as a prolongevity

2. Le docteur Charles Paul (1879-1960), médecin expert auprès des tribunaux, devient célèbre grâce à son éloquence et sa capacité de vulgarisation. Il était un ami du romancier Georges Simenon qui le fait apparaître dans une nouvelle de 1936 : La Péniche aux deux pendus.

3. Publiée dans le numéro de juillet 2009 de la revue « Science ».

Photo de Une CC.SA Ed Schipul 

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