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Manger : un bulletin de vote !

Choisir de manger naturel c’est inciter les gouvernements à imposer des réglementations dissuadant les pratiques néfastes comme le recours excessif aux engrais, aux herbicides, aux pesticides, aux labours.

Notre agriculture détruit son sol, au lieu de l’enrichir. « Aujourd’hui on trouve des sols où il n’y a pas d’activité biologique décelable. Les sols les plus violemment agressés sont ceux du Nord avec des cultures industrielles intensives ainsi que les sols d’arboricultures et de viticulture », expliquent Lydia et Claude Bourguignon, scientifiques et « soigneurs de terres ». Dans leur laboratoire, ils analysent depuis vingt-cinq ans l’activité biologique des sols et constatent le déclin de la fertilité. L’industrialisation de l’agriculture n’a augmenté la fertilité qu’à court terme.
C’est une question qu’on ne se pose jamais : serait-il possible qu’un jour, la terre ne puisse plus nous nourrir ?

Un récent rapport de la FAO, l’organisme des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, fait état d’une disparition préoccupante des terres arables. Publié en décembre 2015, le document souligne la détérioration rapide des sols cultivables de la planète. Il met en évidence une série de menaces : perte des nutriments, érosion, diminution de la teneur en carbone, imperméabilisation, désertification, urbanisation, changements climatiques, acidification et autres pollutions chimiques.
Le rapport n’a eu que peu d’écho médiatique. On s’en étonne ; la FAO tire un signal d’alarme dans un contexte où la demande mondiale en nourriture augmente en flèche.

Un autre mode d’agriculture existe pourtant, hautement productive et rentable, qui consiste à remplacer le travail mécanique (celui des tracteurs… par un travail biologique, effectué par des végétaux et des insectes.

En France, plus de trois mille agriculteurs sont déjà passés à l’agro-écologie. Changer pour cette agriculture pourrait permettre de renouer avec des aliments riches en vitamines et minéraux mais également de compenser les émissions de carbone à l’échelle planétaire (les plantes utilisées comme engrais vert fixent le carbone et l’azote de l’air dans le sol).

Il devient urgent de défendre la cause des sols. « Ensemble, nous le pouvons », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, à l’occasion de la Journée mondiale des sols le 4 décembre 2015. « Ceci implique une profonde réforme dans notre manière de concevoir l’agriculture ».

Ensemble ? Il ne faut certes pas compter sur les instances officielles pour modifier la tendance. En France, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) par exemple, encourage l’augmentation de la productivité. Elle lutte pour une baisse des normes et des règlements et défend la monoculture intensive (le président de la FNSEA — Xavier Beulin — est également PDG d’Avril- Sofiprotéol, géant de l’agroalimentaire). Va-t-on ainsi continuer, non à nourrir la planète, mais à engraisser un système au détriment de la vie ?

Dans notre économie où la loi du marché s’impose, seule une modification substantielle de la demande est susceptible de modifier les modes de production. À chacun de maîtriser sa consommation. De nous seuls peut venir le changement : moins de machine, moins de chimie mais plus d’intelligence, de connaissance, d’agronomie.

Ainsi manger naturel s’assimile au dépôt d’un bulletin dans l’urne : choisir de manger naturel c’est voter en faveur de modes de production qui atténuent l’impact de l’agriculture sur les sols ; c’est inciter les gouvernements à imposer des réglementations et taxes dissuadant les pratiques néfastes comme le recours excessif aux engrais, aux herbicides, aux pesticides, aux labours.

Manger « normal » (et non pas dénaturé par les produits chimiques de l’industrie alimentaire), c’est voter pour une agriculture paysanne, productrice d’une alimentation écologique, locale et diversifiée, et s’éloigner de l’agriculture conventionnelle, dépendante des intrants chimiques et dont le seul objectif est d’augmenter la productivité de ses monocultures afin de fournir l’agroalimentaire.

 

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